Du « mouvement beur » à la lutte contre l’islamophobie : la haine de l’autonomie (2eme partie) Par Rafik Chekkat & Youssef Girard

« Il se peut que vous détestiez quelque chose alors que c’est un bien pour vous. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est néfaste. » Coran 9 : 90

Trop occupée à casser un « mouvement beur », qui par sa culture et ses modalités d’action, s’inscrivait pourtant dans une perspective compatible avec ses objectifs déclarés, la gauche n’avait su déceler un problème autrement plus grave pour la préservation de son « espace vital » : l’émergence d’un mouvement de revivalisme islamique au sein de la communauté musulmane installée en France.
Si le cadre d’analyse choisi ici est celui des trente dernières années, la présence musulmane en France n’est bien entendu pas aussi récente. Elle est aussi vieille que la présence même d’immigré-e-s musulman-e-s[1].

Déjà dans les années 1930, l’Association des ouléma algériens, sous l’impulsion du cheikh Fodil Ouarthilani, avait créé des cercles d’enseignement islamiques destinés aux immigrés et aux étudiants musulmans, et le Parti du Peuple Algérien (PPA) fonda plusieurs medersa, comme celle d’el-Hayat à Clichy, ou de « La culture arabe » à Asnières-sur-Seine. Sans compter que la France administrait alors, à travers son empire colonial, des millions de « sujets musulmans », avec tout ce que cela implique en matière de développement des savoirs coloniaux et des méthodes d’administration et de contrôle[2].