france - quand jean-pierre veut s’appeler mohamed

Voulant épargner à leurs enfants la discrimination, beaucoup de parents immigrés ont donné à leurs enfants des prénoms très français. Difficile ensuite de revenir en arrière.
Ils sont nés en France et s’appellent Louis, Laurent ou Marie, mais ils veulent changer de prénom pour devenir Abdel, Saïd ou Rachida. Les demandes de changement de prénom de la part d’enfants d’immigrés se multiplient devant les tribunaux français, ce qui est source d’inquiétude pour ce pays très attaché à l’intégration, c’est-à-dire à la fusion de toutes les identités au sein d’une unique culture nationale. Forts d’une nouvelle assurance, les enfants de familles venues d’Algérie, de Tunisie et du Maroc remettent en cause une vieille tradition qui voulait que les immigrés des anciennes colonies donnent à leur progéniture des noms français. Incités dans cette démarche par un sentiment personnel de déphasage avec leurs noms chrétiens, ces demandeurs se heurtent à la réticence des juges, qui n’ont guère envie d’appuyer ce que beaucoup d’entre eux considèrent comme un rejet de la France.

En vertu d’une législation stricte, le changement officiel de prénom nécessite en France l’approbation d’un tribunal. Jusqu’en 1992, les parents étaient contraints de choisir le prénom de leur enfant dans une liste officielle. "Mon apparence est en contradiction avec mon prénom", explique Jacques, 25 ans, qui souhaite adopter un nom originaire du pays de ses parents, l’Algérie. Il rejette l’idée communément répandue selon laquelle un prénom français pourrait vaincre les réticences persistantes des employeurs à recruter des minorités non blanches. "Il y a juste un effet retard entre l’envoi de ma candidature et ma présentation à l’entretien. Ils hésitent, comme si la personne qu’ils avaient convoquée ne pouvait pas être moi", raconte le jeune homme.

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