QUI A PEUR DU POST-COLONIAL ?

Contribution au Congrès 2008 des Alternatifs

Le modèle français actuel d ‘« intégration » des migrants est en crise. La panne de l’ascenseur social, la montée du chômage de masse, la précarisation croissante des jeunes ont joué un rôle important dans cette mise en crise.

Mais ce n’est pas la seule raison.

Même si les vagues d’immigration d’origine européenne avaient suscité le rejet à leur arrivée dans le monde ouvrier, leur intégration à la société française a été facilitée par la proximité de classe mais aussi pour des raisons de similarité culturelle et religieuse (christianisme).

Or, les dernières vagues d’immigration se différencient des précédentes ( immigration polonaise, italienne, portugaise ...) par leur provenance extra-européenne, leurs références culturelles et leurs religions, différentes de celles qui dominent, en France métropolitaine, depuis des siècles.

Celles des dernières quarante années, proviennent majoritairement des anciennes colonies d’Afrique équatoriale ou du Maghreb et des actuels DOM. Il y a aujourd’hui 6 millions de personnes de religion ou de culture musulmane, majoritairement français et majoritairement rejetés.

Va te faire assimiler ! La France, aimez-la ou quittez-la !

L’ethnocentrisme républicain, très présent dans une France ex-puissance coloniale, se mêlant à la peur de la différence, les autorités françaises ont construit la figure du " bon immigré intégré » réplique exacte du regard condescendant et méprisant portée sur les populations anciennement colonisées. Pour être considéré comme Français - le slogan "être français, ça se mérite" a été partagé bien au-delà du seul électorat FN - , être en accord avec les « valeurs françaises », il faut ne pas faire trop de vagues et abandonner sa culture et ses traditions…

Véhiculant l’idée de l’incompatibilité des cultures et alimentant ainsi l’idéologie du choc des civilisations, sous couvert de lutte contre le terrorisme, la xénophobie d’Etat et l’islamophobie se sont développées. Elles n’ont jamais été aussi présentes en France et dans les pays occidentaux ; au point que l’amalgame entre pratiques religieuses musulmanes et intégrisme religieux est devenu presque naturel.

Des discriminations systémiques que nous devons combattre

Il est de notre responsabilité de prendre part le plus largement possible aux luttes anti-racistes mais aussi de combattre la pensée unique de l’"intégration/assimilation" qui produit mécaniquement discriminations à l’embauche, au logement, dans les loisirs ... Cette "pensée" empreinte d’un regard marqué par le colonialisme, est véhiculée par les médias et les principales personnalités et partis politiques, à gauche comme à droite.

Elle renvoie à la négation républicaine des origines qui, par adhésion sincère à un universalisme abstrait, risque d’aboutir à une sur-valorisation des origines et des identités.
Nous devons aussi élever la voix contre les politiques gouvernementales, de gauche comme de droite, qui stigmatisent les banlieues populaires et leurs habitant-e-s, notamment au travers des "politiques de la ville". Toutes ont été désastreuses, discriminantes et sécuritaires tant au niveau du logement, des moyens accordés aux écoles, que des violences policières, de la précarisation de ses habitants et de leur accès difficile à la culture et aux services publics, générateur de lien social.

Plus largement, nous devons combattre toutes les discriminations car toutes sont liées et trouvent leur origine dans des rapports sociaux de domination qui valorisent la norme de l’"homme, occidental, blanc, chrétien et hétérosexuel".

C’est en prenant en compte la réalité que nous pourrons lutter efficacement contre les persécutions des minorités, les discriminations et la stigmatisation des pratiques religieuses, culturelles ou sexuelles qui sont contradictoires avec notre projet politique et humain.

Nous pensons que les Alternatifs doivent s’emparer des questions que nous avons abordé dans ce texte et en débattre sereinement. C’est une condition indispensable pour que le nouveau prolétariat des quartiers populaires, quelle que soit sa couleur et son appartenance religieuse, s’intéresse à la politique et puisse partager notre désir d’émancipation.

Nathan BOUMENDIL (92) - Guy GIANI (06) - Léa CARLAT (37)