Du bloc indentitaire au FN, l’extrême droite française se concentre sur la peur de l’islam

La votation suisse du 29 novembre qui a interdit la construction de
nouveaux minarets va-t-elle rebattre les cartes à l’extrême droite
française ? L’UDC, la formation populiste helvétique, qui avait initié
la consultation, a placé la peur de l’islam au centre de sa campagne.
L’opération est une réussite. Du coup, ses homologues français
entendent s’engouffrer dans la brèche.

Au premier rang desquels le FN, qui a souvent privilégié le discours
contre l’immigration. Il considérait la dénonciation de l’islam,
thématique monopolisée il y a encore quelques années par Philippe de
Villiers, comme "trop compliquée" pour ses électeurs. "Ce qui inquiète
nos responsables politiques, c’est la portée continentale de ce vote",
a ainsi déclaré au Monde Marine Le Pen, vice-présidente du FN, qui
réclame l’organisation d’un "référendum sur le communautarisme". Et
d’ajouter : "La France a été soumise beaucoup plus vite que la Suisse
aux revendications communautaires. Nous sommes face à des
revendications de groupes politico-religieux qui veulent que la loi
française s’adapte à la loi religieuse."

Pour Mme Le Pen, qui se présente désormais comme "l’une des dernières
défenseures de la laïcité en France", il y a "une spécificité avec la
religion musulmane : elle est extrêmement récente sur notre sol. Ce
n’est pas parce qu’elle est arrivée de manière massive ces dernières
années qu’elle participe au même titre que les religions
judéo-chrétiennes à l’identité de la France".

Une position qui n’est pas sans rappeler celle du Bloc identitaire,
formation d’extrême droite créée en 2002, qui se revendique
"populiste". Les identitaires - qui prennent comme référence la Ligue
du Nord italienne et qui entretiennent des relations politiques avec
le Vlaams Belang belge et... l’UDC suisse - ont fait de
"l’incompatibilité de l’islam" avec la société française leur marque
de fabrique. La nouvelle tonalité du discours de Mme Le Pen ne leur a
pas échappé.

"Depuis quelques semaines, on voit comme une évolution du discours de
Marine Le Pen sur l’islam, l’immigration clandestine. On se sent
beaucoup plus proche d’elle que d’un Bruno Gollnisch (l’autre
vice-président du FN)", affirme Fabrice Robert, président du Bloc
identitaire. "Je pense qu’elle est en train de faire évoluer sa ligne.
On analyse avec intérêt ce qu’elle propose, on ne veut pas insulter
l’avenir. Il est possible que dans quelques mois, quelques années, on
puisse travailler ensemble", ajoute M. Robert, dont la formation s’est
fait une spécialité des actions coups de poing contre la construction
de mosquées.

M. Gollnisch, lui, tout en se félicitant du vote suisse, assure que
"le problème de fond n’est pas plus le minaret qu’il n’est, en France,
la burqa : il est celui de l’immigration massive" et qu’il ne "mène
pas de croisade contre les musulmans".

"Racisme culturaliste"

Pour Jean-Yves Camus, spécialiste des extrêmes droites européennes et
chercheur associé à l’Institut de relations internationales et
stratégiques (IRIS), "depuis le 11-Septembre 2001, le racisme
hiérarchisant a laissé la place à un racisme culturaliste qui tient
plutôt à la théorie du choc des civilisations". "C’est pour cela qu’il
existe une nouvelle génération de partis populistes qui sont beaucoup
plus focalisés sur l’islam, sur son expression politique, et sur son
incompatibilité supposée avec les valeurs qui sont censées fonder
l’espace européen, analyse le politologue. C’est l’idée d’une
incompatibilité radicale et, à terme, d’une nécessité d’interdire
l’expression de l’islam en Europe."

Une progression de ces idées qui ravit M. Robert : "On a souvent parlé
de "lepénisation des esprits". Si on peut parler un jour
d’"identitarisation des esprits", pourquoi pas..."

Abel Mestre et Caroline Monnot

http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/12/01/du-bloc-identitaire-au-fn-l-extreme-droite-francaise-se-concentre-sur-la-peur-de-l-islam_1274509_823448.html